Le marché français de la traduction et de l'interprétation (NAF 74.30Z) compte 19 053 entreprises pour 728 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023 selon l'INSEE (Ésane), avec seulement 2 490 salariés en équivalent temps plein : c'est un marché d'indépendants. 19 011 de ces entreprises sont des microentreprises au sens statistique, soit 99,8 %, et les 42 structures restantes réalisent à elles seules 35 % du chiffre d'affaires. Le chiffre d'affaires moyen ressort à environ 38 000 € par entreprise (notre calcul). Entre 2022 et 2023, le nombre d'entreprises a progressé de 6,7 % quand le chiffre d'affaires reculait de 3,1 % : davantage d'acteurs se partagent un marché qui ne grossit plus. L'indice de chiffre d'affaires de l'INSEE confirme le retournement : après un point haut en 2023, il recule d'environ 9 % en valeur en 2025, puis encore de 5 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025.
L'INSEE n'en donne pas la cause, mais les enquêtes professionnelles l'éclairent. En juin 2026, 42 % des membres de la Société française des traducteurs (SFT) interrogés déclarent avoir perdu un ou plusieurs clients à cause de l'IA générative, et 72 % utilisent eux-mêmes des outils comme DeepL ou ChatGPT. L'enquête de la SFT, de l'Université de Genève et de l'UCLouvain publiée en avril 2026 relève des tarifs médians de 0,14 € le mot avec la clientèle directe et de 0,09 € avec les agences, quasi stables depuis 2022 malgré 13,8 % d'inflation cumulée, et une rémunération nette inférieure à 20 000 € pour la moitié des répondants. Le haut du marché est tenu par quelques structures, dont Acolad France (44,2 M€ de chiffre d'affaires en 2024, pour une perte de 7,5 M€) et l'association ISM Interprétariat. À l'autre bout, la justice reste un débouché imposé par la loi : ses frais d'interprétariat et de traduction ont atteint 85,1 M€ en 2024 contre 44,3 M€ en 2017, sur la base d'un tarif réglementé de 38,50 € la page de 250 mots pour le traducteur indépendant (25 € s'il n'a pas exercé son droit d'option), même si le Sénat recommande d'expérimenter l'IA pour rendre l'interprète assermenté facultatif dans certains cas.
Cette étude s'adresse à ceux qui veulent s'installer comme traducteur ou interprète indépendant, devenir expert traducteur-interprète près une cour d'appel ou créer une petite agence, l'interprétation en langue des signes étant traitée comme un segment. Elle compile les comptes sectoriels Ésane et l'indice de chiffre d'affaires de l'INSEE, le rapport du Sénat sur les frais de justice (octobre 2025), les tarifs du ministère de la Justice, les textes publiés sur Légifrance (loi du 29 juin 1971 sur les experts judiciaires, article R. 122 du code de procédure pénale, article R. 382-1 du code de la sécurité sociale), les enquêtes de la SFT de 2022 à 2026, l'enquête SFT et AIIC France sur l'interprétation et l'European Language Industry Survey 2026. Les chiffres déclaratifs sont signalés comme tels. Les cours de langues, les logiciels de traduction automatique, le sous-titrage, le doublage, la transcription et la correction-relecture sont hors périmètre.